Parentalité positive : bienveillance et fermeté

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« Je veux des chocolats, Maman !  » Texte d’Isabelle LE TARNEC, illustrations de Claire TOUZERY

   Mon livre-outil éducatif « Maman, je veux des chocolats ! » n’est encore une fois qu’un « prétexte » pour aborder avec nos enfants des sujets importants, les émotions et les frustrations ! Il s’adresse à des enfants plus jeunes, âgés de deux à cinq ans. Le niveau de lecture sera bien évidemment différent entre un enfant de deux ans et un autre de cinq. Je laisse les parents s’approprier l’histoire en fonction de leurs propres attentes et l’utiliser comme un outil de discussion avec leurs enfants.

    Comme vous le savez, ma démarche d’écriture est très particulière, car mes ouvrages ne sont que des outils pour ouvrir la discussion entre les parents-éducateurs et les enfants, des supports pour favoriser des échanges libres et constructifs, pour faciliter la communication dans certaines situations ou sur certains sujets plus délicats.

    On le sait, être parent est une aventure fabuleuse et parfois difficile. Chaque enfant est unique, chaque parent aussi… L’éducation est un tâtonnement, un réel apprentissage… Donc pas de recette miracle dans mes livres, pas de mode d’emploi standardisé, pas de leçon de morale, pas de jugement de valeur. Uniquement un partage d’expériences, des propositions de postures éducatives, des pistes de réflexion sur notre rôle de parent, sur une éducation respectueuse et bienveillante pour nos enfants…

    J’espère également que mes livres seront des supports de discussion « entre » parents ou toutes personnes ayant cette fonction d’éducateur auprès des enfants…

En effet, mon rôle n’est pas de « convaincre », mais de réfléchir ensemble sur notre rôle de parent. Nos réactions ou postures éducatives seront donc similaires ou différentes en fonction de nos valeurs, de notre histoire de vie, de notre propre expérience personnelle et professionnelle. Je propose à mes enfants une éducation dite positive, en les éduquant avec fermeté et bienveillance et cela résonne avec tout ce que j’ai pu observer, dans le monde de l’éducation spécialisée ou l’éducation en général, sur certains comportements ou attitudes de jeunes enfants face à l’intégration des règles de vie et l’apprentissage de la socialisation...

    Ce livre-outil, je l’ai ainsi écrit en repensant à des rencontres que j’ai pu faire en particulier sur mon lieu de travail…
Durant plusieurs années, j’ai assuré le suivi d’enfants et d’adolescents, placés par le Juge des Enfants (mesures judiciaires) ou à la demande des parents eux-mêmes (mesures administratives). Les jeunes étaient accueillis dans des institutions ou dans des familles d’accueil.
Les raisons de la séparation se résumaient à des carences éducatives importantes, à des maltraitances diverses, à des dysfonctionnements parentaux graves, à des problématiques familiales complexes…

   Sur cette route, j’ai rencontré des jeunes cabossés, déjà très abîmés par la vie, mais dotés d’une force de vie incroyable… Je l’ai vu « la résilience », de mes propres yeux…

    J’ai croisé également la route de parents en grande souffrance qui n’avaient pas « appris » à aimer… Des parents, qui traînaient derrière eux de grosses casseroles, des histoires de vie très douloureuses… Des parents qui, enfants, n’avaient jamais entendu de mots d’amour, qui n’avaient pas eu la chance d’être baignés dans une ambiance familiale chaleureuse et joyeuse. Des parents qui pouvaient être extrêmement sévères, voire violents avec leurs propres enfants reproduisant des schémas familiaux ancestraux…

René CLÉMENT précise qu’il est nécessaire « d’interroger le « pourquoi » de ces violences parentales, et l’histoire, en particulier infantile, de ces humains « mal humanisés » que sont d’abord et avant tout ces géniteurs mal aimants.» Les parents en souffrance, Éditions Stock, Paris, 1993.


J’ai aussi fait la rencontre de parents qui, pour certains, n’osaient pas dire « non » à leurs enfants de peur de perdre leur amour… Des parents qui n’arrivaient pas à poser des limites structurantes, à proposer un cadre familial sécurisant et cohérent… Des parents qui n’avaient pas appris à différencier besoins et désirs chez leurs enfants… Des parents totalement démunis face aux comportements tout-puissants de leurs enfants, dits « tyrans » selon Didier PLEUX, psychologue clinicien. (De l’enfant roi à l’enfant tyran, Editions Odile Jacob, Paris, 2006 )

   J’ai accompagné des enfants « tout-puissants » dans leur famille, refusant ou contestant violemment des règles de vie dites ordinaires, telles que se coucher, s’habiller, manger à table, se laver les mains avant de déjeuner… Tout était prétexte à faire une colère puisque aucune frustration n’était tolérée. Des enfants devenus ensuite adolescents toujours dans la toute-puissance, refusant tout cadre éducatif, pouvant même se montrer violents envers leurs propres parents, enseignants ou éducateurs…
« Tout petit, le bébé tyran augmente son intolérance aux frustrations si l’environnement ne fait que renforcer ses demandes et ne lui offre aucune contrainte. S’il n’est pas arrêté très jeune dans ses exigences injustifiées, il majorera ses crises et ses conflits lors de la petite enfance pour atteindre l’apothéose à l’adolescence. Arrêter cette omnipotence à n’importe quel moment, mais surtout dès le plus jeune âge, est une donnée incontournable. Pour ce faire, il ne faut pas banaliser des attitudes que la société de consommation qualifie de typiques d’un enfant affirmé, expressif, créatif, bien dans sa peau. Consommer toujours plus, vouloir toujours plus pour exacerber son principe de plaisir n’a rien d’un épanouissement personnel. L’enfant tyran n’est d’ailleurs pas heureux dans sa quête sans fin pour annuler le principe de réalité. Son individualisme ne le comble pas : au fond de lui, il sait qu’il a besoin du lien soi-autrui. » Didier PLEUX, De l’enfant roi à l’enfant tyran, Éditions Odile Jacob, Paris, 2006. p268.

  J’ai écrit cette histoire en pensant aux parents démunis par des comportements d’opposition répétés de leurs enfants, par les colères excessives de leurs progénitures.

Dans cette mise en scène, Jeanne exprime vivement son envie de chocolat, à plusieurs reprises, jusqu’à ce que ses émotions la débordent et elle fait une colère dans le magasin. Elle subit une frustration étant confrontée à une règle de vie : pas de chocolat juste avant de déjeuner…

  Je me suis posée cette question : comment accueillir les émotions de nos jeunes enfants tout en reconnaissant leurs désirs et en maintenant la frustration  ?
Voici ma quatrième de couverture qui énoncent les différents « ingrédients » que j’ai utilisés pour « fabriquer » mon histoire :

4ème de couverture les émotions 2-5ans BNF

« Je veux des chocolats, Maman !  » Texte d’Isabelle LE TARNEC, illustrations de Claire TOUZERY

  Je me retrouve totalement dans la philosophie de la Discipline Positive initiée par Jane NELSEN, qui propose une approche psychoéducative encourageant chez l’enfant le développement de compétences sociales,  dans un esprit de respect mutuel au sein des familles, des écoles et des communautés.
« Les enfants ne deviennent pas responsables au contact de parents et d’enseignants faisant preuve d’un excès de sévérité et de contrôle, ni avec des parents et des enseignants permissifs. Ils acquièrent progressivement le sens des responsabilités, lorsque leurs apprentissages se déroulent dans un cadre où fermeté et bienveillance garantissent dignité et respect mutuel. » Jane NELSEN, adaptation de Béatrice SABATÉ, La discipline positive. En famille, à l’école, comment éduquer avec fermeté et bienveillance, Éditions Marabout, Paris, 2012. p21.

   Quel est le but de la discipline positive ?
« (…) développer sans attendre autonomie et coopération. La permissivité, quant à elle, crée une codépendance néfaste au lieu de développer autonomie et coopération.
De nombreux parents et enseignants pensent que, s’ils abandonnent le contrôle excessif et la sévérité, ils s’exposent aux affres de la permissivité. Il est donc important de revenir au sens premier du mot « discipline ». Ce terme est souvent assimilé au fait de punir et de soumettre.
Le mot « discipline » vient du latin discipulus/disciplini qui veut dire « celui qui suit la vérité, un modèle ou un principe ».
Les enfants et les élèves ne se soumettront pas à un modèle sans répondre à une motivation intrinsèque ni sans avoir l’autoévaluation et la maîtrise de soi. Or la punition comme la récompense résultent toutes les deux d’une évaluation extérieure à l’enfant. » Jane NELSEN, adaptation de Béatrice SABATÉ, La discipline positive. En famille, à l’école, comment éduquer avec fermeté et bienveillance, Éditions Marabout, Paris, 2012. p34.

   Dans mon livre, « Maman, je veux des chocolats ! », deux postures éducatives sont adoptées ET l’une ne va pas sans l’autre :

LA BIENVEILLANCE : accueillir avec respect et bienveillance les émotions de mon enfant.
J’entends ton désir, je le reconnais, tu as le droit d’avoir ce désir et comme je ne peux pas l’assouvir, tu as le droit d’être contrarié, déçu, mécontent, de me montrer tes émotions.

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Je te comprends en me connectant à tes émotions. Mon travail de parent est de te rejoindre dans ton monde, celui de l’enfance, celui de tes émotions et de les respecter. Je t’accompagne dans tes émotions par une présence bienveillante, rassurante et contenante (paroles, gestes, attitudes…), par une écoute active en validant ce que tu ressens. Tu es important pour moi, je porte intérêt à ce que tu vis, là en ce moment et je continue de t’aimer en tant que sujet singulier différent de moi… Je te valorise et t’encourage.

20150915_111818Jane NELSEN, adaptation de Béatrice SABATÉ, La discipline positive. En famille, à l’école, comment éduquer avec fermeté et bienveillance, Éditions Marabout, Paris, 2012. p39.

LA FERMETÉ : je maintiens la frustration, car c’est une règle de vie et je souhaite te la transmettre avec fermeté, douceur et respect, afin de te responsabiliser dans tes attitudes et t’aider peu à peu à intégrer les limites. C’est l’apprentissage de la socialisation, du vivre ensemble, du respect mutuel. Cet apprentissage des compétences sociales est un processus qui s’inscrit dans le temps et qui démarre très tôt dans la vie d’un enfant.

20150915_112733Jane NELSEN, adaptation de Béatrice SABATÉ, La discipline positive. En famille, à l’école, comment éduquer avec fermeté et bienveillance, Éditions Marabout, Paris, 2012. p42

  Notre rôle de parent, d’éducateur est d’accueillir les émotions d’un enfant, d’entendre son désir tout en lui expliquant que celui-ci ne peut pas être toujours « assouvi ». Il y a donc une différence entre un besoin et un désir. Je citerai le psychosociologue et écrivain Jacques SALOMÉ.
http://www.j-salome.com/03-telechargement/editorial_2009-02-10.htm

besoin et désir Jacques Salomé   Il s’agit de maintenir le refus afin que l’enfant puisse se confronter à la réalité (on ne peut pas tout avoir) ET c’est surtout lui proposer un cadre éducatif cohérent et bienveillant, avec des repères clairs et structurants. Le parent ou l’éducateur accompagne l’enfant dans la manifestation vive de ses émotions, la colère, avec bienveillance en lui faisant comprendre peu à peu que cette expression émotionnelle peut se transformer. Les émotions montrent ce qu’il se passe à l’intérieur et ça fait toujours du bien de vider sa petite boîte à émotions quand elle est trop pleine. L’histoire du chocolat, une fois encore, n’est ici qu’un prétexte… L’apprentissage du vivre ensemble, de la socialisation est un processus qui demande beaucoup de temps à l’enfant…

   Notre travail de parent-éducateur est d’aider le jeune enfant à gérer ses vives émotions par une présence bienveillante, contenante et respectueuse de ce qu’il est en train de vivre dans l’ici et maintenant. C’est aussi l’aider à porter son attention sur autre chose afin de l’aider à prendre de la distance avec son vécu actuel.

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Jane NELSEN donne l’exemple d’un enfant qui est frustré, car il n’a pas obtenu ce qu’il espérait et il fait une colère. « Quand Jean pique une colère, sa mère se trouve devant une opportunité d’apprentissage ». Pour les jeunes enfants : « Elle pourrait aussi essayer le geste d’affection, le bisous-câlin (…) L’objectif, encore une fois, est de se sentir mieux avant de changer ses comportements et de s’améliorer. (…) Le fait de se sentir mieux, une simple distraction ou une redirection de l’attention suffisent généralement à modifier l’humeur et le comportement en question. » ( La discipline positive, p 30-31)

   Il nous semble aussi  très important, après chaque colère, de reprendre les choses avec l’enfant, une fois que le calme émotionnel est revenu.
On lui signifie que ses émotions ont été entendues, qu’il existe bien en tant qu’individu, sujet singulier ET qu’il doit apprendre à accepter les règles de vie. On l’encourage vivement à transformer peu à peu cette manifestation émotionnelle en autre chose. Lui en parler, c’est l’aider à mettre en mots et c’est lui permettre de se responsabiliser dans ses attitudes, de le rendre peu à peu responsable de ses actes et des conséquences de ses actes (et croyez-moi, cette responsabilisation sociale peut commencer très tôt !)

J’ai apporté une modification sur un paragraphe à l’avant dernière page, car dans la première version, la maman demandait à son enfant de s’excuser… Je m’explique : mon intention d’écriture au départ était pour des parents en « réelle difficulté » avec leurs enfants, démunis face à des colères répétées de leurs enfants. Comme je l’ai expliqué au début de cet article, en tant qu’éducatrice spécialisée dans la Protection de l’Enfance,  j’ai accompagné des parents qui n’arrivaient pas à poser de limites structurantes à leurs enfants, à leur dire « non » tout simplement. En insécurité affective, certains enfants se situaient dans une toute puissance… Ainsi, ma posture éducative était, dans un premier temps, d’aider le parent à distinguer un désir d’un besoin exprimé chez son enfant (manger du chocolat n’est pas un besoin primaire, nous sommes bien d’accord, même si pour certaines personnes, oui ! )   ; dans un second temps que le parent puisse entendre ce désir et l’accueillir. Ce livre donne des outils pour recevoir ce désir tout en restant ferme, malgré les colères incessantes (j’ai vu des parents totalement démunis face à leurs enfants qui ne supportaient « aucune » frustration…  et s’exprimaient uniquement par la colère, afin que leur parents « cèdent » face aux regards « accusateurs » » de personnes spectatrices de la scène dans un lieu public…  Je souhaitais donc aider le parent à transmettre à son enfant des règles de vie en société (le principe de réalité : on ne peut pas tout avoir dans le « ici et maintenant »… ) Et en fait, le livre a eu un succès rapide et j’ai préféré changer, car cela a été mal interprété par certains lecteurs (comme si l’enfant avait a s’excuser de ressentir des émotions, alors que c’est tout l’inverse que je défends…), parce que la majorité de ces lecteurs se situaient « déjà » dans une démarche bienveillante et dans l’accueil, le respect des émotions …

Ce qui me paraît essentiel en tout cas, après chaque colère, de reprendre les choses avec l’enfant, une fois que le calme émotionnel est revenu…. C’est l’apprentissage de la socialisation, du vivre ensemble, du respect mutuel. Par expérience, dans la relation, cette posture éducative est porteuse de respect pour celui qui reçoit la colère et celui qui montre la colère… Dans une relation, il y deux personnes. J’aime beaucoup l’idée de « l’écharpe relationnelle » de Jacques SALOMÉ et ce dessin très significatif, tiré du livre « Heureux qui communique. Pour oser se dire et être entendu de Jacques Salomé, Éditions Albin Michel, Paris 2003. p 31.

écharpe relationnelle Jacques Salomé

On en reparle calmement, on le rassure sur notre amour, sur notre fort intérêt pour lui et après on passe à autre chose ! L’enfant aura vérifié une nouvelle fois que les émotions se parlent, que les règles de vie se respectent et que l’amour ou l’affection qui nous lie demeurera intact quoi qu’il fasse, car lui, enfant, en tant que personne, sera toujours aimé. Ce seront certaines de ses attitudes qui pourront ne pas être appréciées !

J’ai eu la belle surprise de trouver l’avis d’Isabelle FILLIOZAT concernant l’ouvrage de Jane NELSEN en commentaire sur le site Amazon :
http://www.amazon.fr/DISCIPLINE-POSITIVE-Jane-Nelsen/dp/250108795X/ref=sr_1_1?s=books&ie=UTF8&qid=1442303959&sr=1-1&keywords=discipline+positive

avis Filliozat sur discipline positive

Je terminerai en citant un texte magnifique de Jacques SALOMÉ, un de mes modèles en éducation dite relationnelle qui résume bien mes positionnements éducatifs :
http://www.j-salome.com/02-methode/0206-themes-application/260-28.htm

Jacques SALOMÉ, Heureux qui communique. Pour oser se dire et être entendu, Éditions Albin Michel, Paris 2003.p 91.

prière secrète Jacques Salomé capture écran

Un grand merci de votre intérêt

Isabelle Le Tarnec

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4 Responses so far.

  1. BRAVO!!! Entièrement d’accord avec vous ☺

  2. GUERANDELLE dit :

    Je suis un peu sans voix…
    Je me dis que tu pourrais bien animer des conférences comme le RAM en propose parfois !
    Bon ! c’est pas parce que tu es ma copine (bon un peu quand même !)… mais c’est simplement parce que en tant que parent le sujet m’intéresse vraiment que je vais commander ton livre et celui de Jane NELSEN !
    Mon petit doigt me dit, que ton livre « Je veux des chocolats maman » va cartonner ! Attention… Zoufroute peut se faire du soucis !!!
    Bravo et gros bisous

  3. […] C’est incroyable comme si peu se sont penchés sur le sujet sur la « blogosphère » comme on dit, mais voilà une page intéressante toutefois : http://isabelle-le-tarnec.fr/parentalite-positive-bienveillance-et-fermete/ […]

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